Le tout se déroule en fin de saison autour des années 2000 alors que je sortais à peine de ma carrière junior. Je me suis entrainé tout l’été avec rigueur et le championnat du club débute alors, un tournoi sur deux jours avec une météo qui s’annonce tout à fait propice pour un tournoi de golf.

Il y a toujours quelque chose de spécial avant de frapper le premier coup de départ, cette petite dose d’adrénaline combinée à un stress positif où tous les espoirs de victoire sont permis.  Je me tiens donc debout sur le tertre de départ devant le trou #1 avec une rangée d’arbres matures à droite et un hors limite qui borde l’allée à gauche, du départ jusqu’au vert.

Étant membre de ce club depuis pratiquement une décennie, je sais exactement où et comment envoyer ma petite Ultra balata, mais personne ne veut démarrer un tournoi de deux jours avec un crochet de gauche prononcé (exemple ici d’un beau duck hook)

il est donc important de garder le focus et de favoriser un léger crochet vers la droite. Le résultat est tel qu’escompté, une drive en plein centre et il me reste qu’un wedge sur une distance de 110 verges pour attaquer le vert à deux paliers.


Le tout se déroule comme je l’avais prévu dans mon plan de match, soit un début de ronde solide afin de me forger une confiance pour attaquer le trou #4 qui est le plus difficile du terrain. Il fait toujours soleil et cette première ronde se poursuit donc sans histoire jusqu’à ce que j’arrive au 14e trou, un défi de 385 verges avec un fameux, et assez réputé, champ sur la gauche où on peut apercevoir les piquets blancs plantés à distance égale exactement à l’endroit où les coups de départ ont le plus de potentiel d’atterrir.

Mon plan de match était assez simple et je l’avais suivi pratiquement à la lettre, j’avais utilisé des fers pour débuter les trous où les risques étaient élevés et j’avais également été patient sur les par 5. En pleine confiance en arrivant au 14e trou, malgré avoir prévu d’utiliser un fer 4 pour me positionner sagement dans l’allée, je décide de sortir mon driver et d’attaquer! Comme vous pouvez le constater sur l’image où la flèche rouge représente la trajectoire de la balle, le résultat ne fut pas à mon entière satisfaction. J’ai donc dû me résigner à ce qu’un 7 soit inscrit sur ma carte de pointage. Outre ce petit accrochage, je termine la première journée avec un scrore tout à fait respectable de 75, ce qui m’assurait par le fait même une place sur le dernier quatuor du dimanche.

Après avoir fait une rétrospective de ma première ronde, j’ai décidé de changer une seule chose à mon plan de match. Ce changement a été de reprendre mon driver sur le trou #14, mais cette fois, en ayant comme objectif de viser les piquets rouges complètement sur la droite afin d’éviter l’affront d’envoyer ma petite Ultra dans le hors limite sur la gauche pour une deuxième journée consécutive, quitte à perdre un coup.

Je vous évite donc les préliminaires du neuf d’allée, outre peut-être le fait que j’étais dans la « zone » - vous savez cet état d’esprit difficile à expliquer pour n’importe quel sportif où on a l’impression que tout va nous réussir. Je me retrouve donc sur le tertre de départ du 14e trou avec un score de -1 et je décide cette fois de suivre mon plan de match à la lettre. Toujours dans la zone, je vise sur la droite et je frappe un coup de départ parfaitement droit qui atterrit directement à l’intérieur de la zone délimitée par les piquets rouges. Pour une raison que j’ignore encore, ce petit coup de pénalité n’a pas affecté du tout ma concentration. À vrai dire, j’étais content d’avoir réussi ce que je voulais faire, soit d’éviter le hors limite malgré le fait que mon plus proche poursuivant était à un coup de moi et qu’on jouait sur le même quatuor.

J’ai donc laissé tombée une nouvelle balle avec un coup de pénalité et j’ai ensuite envoyé ma balle à quatre pieds du fanion pour finalement caler mon roulé et devoir inscrire un 4 au trou #14!

Il va sans dire que ce par n’a fait qu’augmenter mon niveau de concentration et il n’y avait plus de doute que je ne pouvais que gagner ce tournoi. Les quatre derniers trous ont atteint  un niveau d’intensité que j’ai rarement connu, mais le birdie que j’ai fait au 16e trou et les deux pars pour terminer la seconde journée ont été suffisant pour confirmer ma première, et seule, victoire lors du championnat du club.

Andrew